Le Coronavirus – une arme biologique entre les mains des politiques

Par Juliette de Causans

Co-Fondatrice du think tank Eurocratia

Aujourd’hui, nous sommes plus de trois milliards de personnes confinées, enfermées avec nous-mêmes, nos propres réflexions et le reste d’une fenêtre ouverte sur le monde à travers les réseaux sociaux et les médias.

Notre mode de vie est passée en revue, notre organisation sociale dans un tourbillon de réflexion, comme un scandale à l’échelle de l’humanité alors que nous restons privilégiés grâce à un approvisionnement constant en denrées alimentaires et en divertissement. Nos libertés publiques ont été réduites de manière drastique, notamment, celle d’aller et de venir avec des amendes sans cesse plus fortes voire de peines d’emprisonnement pour les plus récalcitrants. On sollicite à coup de hashtag le confinement, l’«union sacrée» avec un vocabulaire guerrier que l’on pense encore mobilisateur mais dont les week-ends ensoleillés démontrent le contraire.  Et c’est là que nous découvrons que, finalement, nous nous étions crus tout puissants et immortels mais que la liberté peut être mise entre parenthèse pour tous de manière instantanée y compris dans un pays européen comme la France. Certains semblaient l’avoir oublié mais l’argent et le pouvoir ne protègent personne face à la mort inéluctable de chacun – qu’importe la cause, qu’importe le moment.

En refusant de voir la mort comme fin de toute chose vivante, en détournant le regard, l’être humain depuis longtemps se divertit face à la destruction générée par un capitalisme sans morale qui promeut l’individu et détruit les liens entre lui et la nature au nom de l’argent. L’individu faible face à un État tout puissant contre lui mais impuissant à replacer en premier les valeurs de solidarité, de vie et d’égalité. L’être humain en Occident refuse de se préparer à la mort, à la maladie et aux effets d’un capitalisme débridé qui s’approprie la vie en lui déniant ses spécificités et son caractère tout aussi inaliénable que notre liberté humaine.

Le capitalisme nous donnait l’illusion que le monde nous appartenait, à l’échelle individuelle le confort avait remplacé la réflexion, la consommation remplaçait les failles affectives, la performance économique remplaçait l’humanisme des institutions sociales. Nous nous sentons autorisés à enfermer des animaux pour les élever, les faire se reproduire, les abattre tous à la chaîne comme si la Terre était devenue un grand camp de concentration du vivant à exploiter au profit de quelques privilégiés. Or, la vie n’est pas une marchandise, le vivant n’appartient pas à l’être humain, l’être humain fait partie de son environnement. Il ne saurait y avoir de droit de propriété absolu sur le monde et sur les personnes. Lorsqu’un individu ou un groupe d’individus possèdent tant d’argent ou de pouvoir qu’ils peuvent agir à leur guise en commettant des écocides, en séparant définitivement les animaux et les êtres humains de leur environnement, en générant un dérèglement du climat, des sociétés, du travail, ils exercent bien un abus de position dominante. La nature envoie donc ce qu’elle a pour se défendre en cas de surpopulation : un virus. Un virus n’a pas de morale lui non plus mais demeure un système de régulation naturel parmi d’autres face à une trop forte densité et apparemment un outil politique pour nous priver de tout ou partie de nos libertés. Il s’agit manifestement d’une arme biologique entre les mains des hommes et femmes politiques.

L’être humain, étonné, découvre que ses institutions sociales ont été rendues dysfonctionnelles par le capitalisme et la technocratie qui ont été érigés de facto depuis le 19e siècle au rang de religion et de doctrine administrative. Il découvre que le plus important dans la vie est d’être vivant, en bonne santé, entouré mais libre. Il découvre qu’il ne peut abdiquer de son rôle de régulateur de ses institutions y compris économiques et qu’il est de son devoir d’exiger la liberté ainsi qu’une économie sociale, solidaire, égalitaire et écologique.

Ce virus doit être pour nous, humains, le moteur d’une réflexion, d’une moralisation du capitalisme à l’échelle mondiale afin de faire cesser notre asservissement à l’agenda de la finance. Cela passe, notamment, par la fin de l’indépendance des banques centrales, la nationalisation des banques de dépôt, le contrôle accru des banques d’investissement ainsi que la création d’institutions nouvelles telle qu’une organisation mondiale de la nature ou de l’environnement qui garantirait les grands équilibres naturels. Une réflexion globale concernant nos chaînes d’approvisionnement et de production doit être enclenchée avec des actions concrètes pensées dans le cadre d’une stratégie assumée sur le long terme. Il n’y a pas à attendre une « autorégulation » des marchés, de l’économie, de la monnaie. L’argent, l’économie ne sont pas des idoles à qui il faudrait faire confiance. L’argent n’est qu’une illusion visant au départ à faciliter les échanges mais qui aujourd’hui ne participe que trop à l’extermination du vivant et à l’exploitation généralisée de tous par tous. La seule création de richesse résulte pourtant des capacités de reproduction du vivant, l’être humain ne parvenant qu’à transformer au travers son processus productif. L’humanité entière semble réduite en esclavage de la fausse nécessité de générer de la croissance économique et de tout mesurer en point de PIB. Pourtant, le jour où l’être humain détruira la nature, il perdra en plus de sa richesse, sa base morale et sa liberté. Il n’aura plus un endroit où échapper à la société capitaliste qui impose de travailler ou faire travailler pour gagner sa vie, alors qu’à l’origine la vie est sans prix. A travers ce processus productif, nous offrons au profit de quelques-uns et au détriment de tous ce qui ne peut en aucun cas être remboursé : notre temps, nos vies entières, nos libertés, notre biodiversité. Peu à peu, nous nous dirigeons tous sans broncher vers un monde lugubre où la vie sera définitivement enfermée dans un terrarium ou confinée dans des réserves. Nous nous plaignons du confinement, mais nous confinons sans cesse davantage la nature dans des frontières réduites que nous ne respectons pas. Et nous-mêmes, nous nous séparons d’elle de façon physique et symbolique dans nos villes, avec notre argent et notre technique au risque de subir la tyrannie de nos pairs par le biais, notamment, du numérique.

La Terre n’appartient qu’à elle-même ou plutôt n’appartient à personne. C’est par les secteurs non marchands, par la solidarité, par la prise de conscience de chacun que l’être humain sortira d’une crise qui lui fera peut-être apprécier davantage le seul bien qu’il doit défendre : la vie – y compris la sienne, la liberté de pouvoir circuler sur une Terre saine, en harmonie avec elle et les autres quel que soit leur genre, leur âge, leur origine, leur espèce.

Le Monde d’après doit nous permettre de faire émerger une civilisation verte avec ses institutions nouvelles où il serait interdit aux États, aux individus, aux corporations de chercher à s’approprier le vivant, la capacité de reproduction de la vie ainsi que les organisations sociales. Nous devons mettre en premier le respect de la biodiversité, la préservation des écosystèmes naturels, de la parité, ainsi que le droit de chaque espèce à la vie équilibrée. Cela passe par un respect des capacités de reproduction des animaux et des êtres humains, notamment, des femmes qui ne sauraient être réduites en ventre à louer. Le risque étant l’ultime exploitation de l’humain dans le cadre du biocapitalisme naissant assorti de la mort globale de l’environnement et son remplacement par l’artificiel et le numérique.

#LeMondeDaprès doit penser la liberté humaine, la nature, le capitalisme car avant d’être des travailleurs, des consommateurs, nous sommes des êtres humains. Ce qui doit se terminer aujourd’hui, est le cynisme face au vivant et l’illusion du tout argent. Ce qui doit se terminer aujourd’hui c’est la société de marché où le marché a pris le pas sur la société.

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