Disney et Coronavirus : l’économie virtuelle l’emporte sur l’économie réelle

Par Juliette de Causans

Co-fondatrice du think-tank Eurocratia

capture disney lienAprès un report sollicité par le gouvernement du fait de la crise du Coronavirus, sur le marché des plateformes VàD (vidéo à la demande) un nouveau venu se lance dans la compétition ce 7 avril 2020 en France : Disney+, 5 mini-chaînes avec les contenus Disney, Pixar, Marvel, Star Wars et National Geographic soit un catalogue de près de 7500 épisodes de séries, 300 films du catalogue historique et 100 films inédits et plus récents. Le contenu français est certes moins riche que sa sœur américaine déjà sortie le 12 novembre dernier du fait des contraintes de calendrier spécifique à chaque zone, mais – grâce à cet important catalogue préexistant et à sa notoriété, Disney+ possède des atouts par rapport à ses concurrents déjà établis (en particulier Netflix, leader du marché) afin d’espérer prendre des parts de marché.

Avec le confinement, le secteur des plateformes de VàD est l’une des rares activités qui ne faiblit pas – bien au contraire, Disney anticipant « 60 à 90 millions d’abonnés dans le monde d’ici la fin de (l’exercice budgétaire) 2024 » dont les deux tiers en dehors des Etats-Unis, avec un investissement prévisionnel d’environ un milliard de dollars pour les contenus originaux la première année. En France, le marché de la VàD représenterait plus de 1000 millions d’euros et pour la première fois en 2019, Netflix (comptant 6 millions d’abonnés en France) aurait pénétré le marché audiovisuel tout support confondu à plus de 20%. Disney+ souhaite donc se positionner durablement sur ce marché en pleine expansion de l’économie numérique grâce à un prix attractif de 6,99 euros/mois ou 69,99 euros/an pour quatre écrans simultanés. Ceci correspondant à un tarif moindre que Netflix qui dispose d’un prix d’appel à 7,99 euros pour un écran et 15,99 euros pour quatre mais dont le catalogue sollicite de nombreux studios à travers le monde.

Cette perspective de réussite durant la crise du Coronavirus étant en fort contraste avec les activités plus traditionnelles du groupe Disney au sein du monde réel, puisque rien ne va plus, par exemple, pour le parc de Marne la Vallée, qui a dû annuler quatre spectacles en raison de la pandémie et du confinement qui lui est associé. La direction du parc ayant d’ailleurs cherché dès le 1er avril une rupture amiable de quelques centaines de contrats d’intermittents du spectacle à qui des mesures de chômage partiel ont finalement été proposé sous la pression jusqu’au 19 avril. Pour la suite, l’avenir est incertain pour le parc et ses employés, le risque étant la rupture pure et simple des contrats pour cause de force majeure. En plus de la perte de leur emploi, certains risquaient celle de leur statut d’intermittent lié au 507 heures à accomplir dans l’année voire leur logement sur place –concernant les étrangers et les provinciaux.

Face à ce risque commun à tous les intermittents du spectacle (artistes et techniciens), le gouvernement, notamment, Franck Riester ministre de la culture et Muriel Pénicaud, ministre du travail, ont décidé de neutraliser la période démarrant le 15 mars et s’achevant à la fin du confinement de la population française pour :

– le calcul de la période de référence ouvrant droit à assurance chômage et à droits sociaux pour les intermittents du spectacle ;

– le calcul et versement des indemnités au titre de l’assurance chômage pour les intermittents du spectacle en fin de droit pendant cette phase de l’épidémie.

Le ministre de la Culture a, de plus, annoncé étudier en lien avec les professionnels et les organisations syndicales de salariés et d’employeurs, les dispositifs d’accompagnement qui permettront de soutenir l’emploi artistique à l’issue de l’épidémie.

La France a l’heure du confinement a donc dû s’adapter, les plateformes aussi dont la demande explose. Afin de faciliter le télétravail et la qualité de connexion durant cette période, le gouvernement français a enjoint les plateformes existantes (plus de 80 en France) à réduire la qualité de leur vidéo durant toute la durée du confinement et obtenu un décalage de la sortie de Disney+ en France au 7 avril 2020 au lieu du 27 mars comme initialement prévu pour éviter les encombrements. Il faut dire que la VàD représente usuellement jusqu’à 30% du trafic Internet dans le monde et produit d’ailleurs au passage des gaz à effet de serre qui rien que pour Netflix équivaudraient aux émissions d’un pays comme le Luxembourg.

A minuit, ce 7 avril, il a donc été possible de se connecter et de prendre un abonnement. Après différents tests, la plateforme est parfaitement fonctionnelle, ergonomique, disponible sur tous les supports (ordinateur, tablette, Apple TV, smartphone…) avec un contenu très attractif, en particulier, pour les enfants. Ce contenu, moins diversifié que celui de Netflix, demeure riche et correspond à ce qui était attendu. Concernant les sous-titres et les langues audios, le français est présent avec même parfois en bonus une version français canadien. Il manque, cependant, encore l’audiodescription en français sur de nombreux titres. Les cinémas étant clos, cette offre supplémentaire est la bienvenue durant ce long confinement. Disney+ a cherché à rendre son offre d’autant plus attractive que certains contenus comme Avatar autrefois présents sur d’autres plateforme telle Amazon Prime Video sont dorénavant exclusivement sur Disney+ avec de nombreuses autres exclusivités, notamment, la série Mandalorien, nouvelle venue dans la famille Star War, très attendue par les fans.

capture Diney

Le Coronavirus, à travers l’exemple des activités du groupe Disney, aura eu encore une fois des effets visibles en termes de déstructuration de l’économie réelle au profit de la digitalisation et de la consommation en ligne. Le secteur du divertissement étant particulièrement touché par cette tendance. Reste à savoir si ces changements d’habitude de consommation seront pérennes à la suite du déconfinement.

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